Prime « Covid 19 » : Casse tête et arme de démobilisation massive

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Les députés ont adopté le 17 avril dernier la nouvelle version du projet de loi de finances rectificative (PLFR) pour 2020 introduisant notamment une prime de 1 500 euros pour le personnel soignant mobilisé durant l’épidémie de Covid-19 . Pour tous les autres personnels des hôpitaux, le Gouvernement prévoit une prime de 500 €.

Il est inimaginable de ne pas valoriser le travail effectué par les professionnels des établissements de santé qui ont œuvré de manière remarquable depuis le début de la pandémie.

Le casse-tête est terrible pour les personnes qui vont devoir distribuer cette prime (sans l’avoir perçue pour le moment). Comment valoriser réellement l’effort de guerre pour renforcer le moral des troupes? Et surtout comment éviter l’effet inverse : la démotivation ?

Une prime, comme un salaire, est un sujet à manier avec énormément de précaution. Il y a toujours un gros risque de vexer ou de démotiver lors de l’attribution d’une prime. D’abord, la prime peut être jugée insuffisante pour celui qui la touche ou jugée injuste pour celui qui en est exclu.

C’est cette injustice qui pointe le bout de son nez. D’autant plus lorsque les règles d’attribution sont floues ou compliquées. Si la prime s’adresse aux soignants qui ont pris en charge des patients covid : les professionnels qui ont pu éviter l’arrivée du virus seront lésés comme ceux qui ont travaillé plus pour compenser l’arrêt des l’activités des services dédiés au covid.

Autre sujet très classique, la prime doit-elle aller uniquement au soignant ? Passons les directeurs qui vivent 24h/24 au rythme de leur établissement et du covid avec le stress que vivent les maires en ce moment d’être tenus responsables en cas de plainte suite à un décès.

Pensons plutôt aux équipes hôtelières ou d’animation. Celles-ci sont sur le terrain, en contact direct avec les patients, les résidents, les usagers… Pour servir les repas, décontaminer, apporter du réconfort, du lien social, permettre les conversations à distance avec les familles. Mais ces équipes ne sont pas des « soignants » !

Ainsi pour ces personnes qui ont participé à l’effort, le versement de la prime covid à leur collègue pour laquelle ils seront exclus ne favorisera probablement pas l’esprit d’entraide et de solidarité qui a permis de compenser le manque de moyens et l’impréparation collective face à la pandémie.

Autre question : les services supports, qui permettent le fonctionnement des structures et qui donnent aux soignants les moyens de travailler, ne pas les considérer sera difficile à gérer pour les managers.

Pour conclure, mieux vaut regarder le verre à moitié plein et réfléchir à la meilleure manière de valoriser le travail de tous en tenant en compte des limites habituelles des enveloppes budgétaires. Si j’étais directeur (et si j’étais certain de pouvoir distribuer de telles primes), j’attribuerais la prime de 1500€ aux personnes directement en contact avec des personnes potentiellement contaminées. Ce montant correspondrait à une prime de risque. La prime de 500€ irait aux professionnels dont le travail a été modifié et dont le travail a dû être réinventé.

Tout cela c’était avant le 7 mai ! Lors de l’intervention du gouvernement pour expliquer les modalités du dé-confinement, Olivier Véran a annoncé :  « Tous les personnels de tous les Ehpad de France recevront une prime, qui sera de 1500 euros dans les 33 départements où l’épidémie aura été la plus forte et de 1000 euros ailleurs ».

Cette annonce règle plusieurs problématiques évoquées ci-dessus : La distinction soignants / non soignants n’est plus un problème. La notion du montant à attribuer n’est plus un problème à l’intérieur des EHPAD. Il devient facile de déterminer le montant à attribuer puisque le critère est géographique. Cependant, les établissements n’ont pas été touchés de la même manière à l’intérieur des départements.

Ces précisions ont néanmoins le mérite de retirer aux directions d’établissements la lourde tâche de gérer la modulation de la prime entre des personnes qui la méritent tous.

Pour finir, l’illustration parfaite de la complexité de gérer l’attribution d’une prime. Les grands perdants : les équipes des services à domicile. Seules chez les personnes fragiles, parfois le seul contact des personnes isolées, elles sont cruellement oubliées.

Alors que les services hospitaliers doivent se vider pour réaccueillir les patients déprogrammés et les éventuels patients covid de nouvelles vagues, les services à domicile prendront le relais …

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